Les chirurgiens-dentistes formés à l’étranger sont en 2022 majoritaires !

Les chirurgiens-dentistes formés à l’étranger sont en 2022 majoritaires !

Pour la première fois, l’ordre professionnel a enregistré plus de jeunes chirurgiens-dentistes ayant obtenu leur diplôme en dehors de France que de jeunes diplômés des universités françaises d’odontologie. Ce constat pose question.

 

On connait les déserts médicaux et les déserts dentaires en France, et les autorités publiques s’efforcent, depuis plusieurs années, de lutter contre ce phénomène notamment en s’organisant pour former davantage de chirurgiens-dentistes, de médecins, … Mais la formation de ces professionnels de santé prend du temps, et les effets de ces politiques publiques ne se feront sentir qu’à l’horizon 2030 et encore. En effet, dans les années 2000, l’augmentation du numerus clausus devait permettre de former plus de chirurgiens-dentistes, et pourtant la tendance des chirurgiens-dentistes formés à l’étranger n’a fait que s’amplifier y compris avec les effets de cette mesure au milieu des années 2010. Car pour répondre à ces besoins existants, de plus en plus d’étudiants partent faire leurs études d’odontologie dans d’autres pays de l’Union européenne.

Ce phénomène connait une accélération ces dernières années, comme nous avons déjà pu le souligner pour ce qui concerne l’Espagne. Mais 2022 marquera une étape importante quant à l’ampleur de ce phénomène. C’est ce que révèle une publication de l’Ordre National des Chirurgiens-dentistes (ONCD) de ce mois d’avril 2023. Les primo-inscrits à l’Ordre professionnel en 2022 sont, pour la première fois, majoritairement diplômés hors de France et cela peut interroger.

 

Plus de chirurgiens-dentistes formés à l’étranger que de diplômés français

 

50.3 % de celles et ceux s’étant inscrits pour la première fois à l’ordre professionnel l’année passée avaient obtenu leur diplôme hors de France. En 2022, 1313 chirurgiens-dentistes titulaires d’un diplôme étranger se sont inscrits contre 1296 diplômés des universités françaises. Dans la très grande majorité des cas, la formation a eu lieu dans un pays de l’Union Européenne, puisque seuls 19 professionnels avaient étudié hors de ces frontières européennes. Le croisement des courbes a donc eu lieu, et certains s’inquiètent d’une amplification à venir du phénomène. Le conseil national de l’ordre des chirurgiens-dentistes a par ailleurs établi le « hit-parade » des destinations les plus prisées par les futurs professionnels de santé. Sans surprise, l’Espagne (502 diplômés) occupe la première place devant le Portugal (399 diplômés) et la Roumanie (283 diplômés).

En soi, ce croisement des courbes ne constitue pas un problème majeur, mais il interroge cependant sur l’avenir. D’autant plus qu’il y a quelques années (à la fin des années 2010), certains observateurs s’interrogeaient sur le taux d’évaporation des chirurgiens-dentistes, des médecins, des pharmaciens et des sages-femmes (Comment expliquer la différence entre le nombre des jeunes diplômés (chirurgien-dentiste, médecin, …) et le nombre d’inscriptions à l’ordre professionnel ?). Ces interrogations s’inscrivaient dans cette peur ressentie il y a peu d’une « fuite des cerveaux ». Certains chirurgiens-dentistes partiraient-ils sous d’autres cieux, pour profiter de conditions plus avantageuses et facilitant inéluctablement l’accès des diplômés étrangers à l’exercice en France ? Les études conduites en ce sens, tant au niveau des chirurgiens-dentistes que des médecins, n’ont pas permis à ce jour de dégager des explications justifiables et explicables. Toujours est-il que la maitrise de la formation des soignants de demain est essentielle à un moment, où le ministère de la santé ambitionne de réformer en profondeur l’organisation des soins en France. Et se préparer à ce que les chirurgiens-dentistes formés à l’étranger deviennent majoritaires n’est pas de nature à accroitre les marges de manœuvre des autorités publiques.

 

Et vous, considérez-vous que ce croisement des courbes représente n problème pour l’avenir de la profession ? Ou estimez-vous au contraire qu’il s’agisse d’une évolution naturelle et bénéfique ? Quelles seront, selon vous, les conséquences d’une telle situation ?

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